ELIACIM LE VIEUX BERGER

Dans le silence d’une nuit claire sur les collines de Bethléem, Eliacim, le vieux berger, debout, appuyé sur son bâton, veille sur son troupeau.
Avec son père, il a appris à se protéger des animaux sauvages ou des voleurs. Il est là, comme le guetteur veille l’aurore !
Il porte bien son nom Eliacim. Il est celui que Dieu tient debout. La nuit est fraîche, alors d’un geste large, il s’enveloppe dans son manteau de laine.
Eliacim aime la nuit, elle ne lui fait plus peur, depuis le temps qu’il l’apprivoise. Les étoiles sont ses compagnes, leur lumière est comme un signe de vie, une espérance dans la nuit.
Alors, dans un soupir, il dit : « il va venir ! »
– « Qui va venir ? Grand-père, dit Jonathan, le petit-fils du berger.
– L’Homme de Dieu, celui que notre peuple attend
– Quand ?
– Bientôt » Les autres bergers, assis autour du feu qui crépite, se moquent de lui. « Bientôt !… c’est ce que tu répètes depuis des années ! »
Eliacim ne les écoute pas.
– « Ah ! Soupira-t-il encore, s’il pouvait venir ! »
Son cœur est tout rempli de cette attente. Il espère des jours meilleurs car il entend bien les rumeurs qui grondent dans le pays, la peur et la violence qui se sont installées avec la présence des soldats Romains. Durant tout le jour, une grande effervescence est montée jusqu’au campement des bergers. Du creux du rocher où ils avaient trouvé refuge pour se protéger du vent, Eliacim et Jonathan avaient observé la foule qui se bousculait dans les alentours de la cité de David.
Se rapprochant de Jonathan, il s’assoit et le serre tout contre lui. Jonathan lui dit :
– « Grand-père, celui qui doit venir, sera-t-il roi comme David, notre roi bien-aimé ? Portera-t-il une couronne en or, une épée d’argent, et un grand manteau de pourpre ?
– Je ne sais pas ! »
Jonathan saute de joie et se met à jouer une jolie mélodie sur sa flûte.
Eliacim écoute attentivement et doucement se surprend à dire :
– « Et si le roi n’avait ni couronne, ni épée, ni manteau de pourpre… Voudrais-tu jouer pour lui ? » Comment lui faire comprendre que ce roi promis, le Messie, dépasserait tout ce qu’il espère ! Le prophète Isaïe ne l’avait-il pas annoncé ?
Soudain, le ciel devient plus lumineux. Là-bas au dessus de Bethléem, les étoiles scintillent comme le diamant. De joie Jonathan se met à courir au devant de la lumière. Elles annoncent peut-être la venue du roi ?
Jonathan, celui à qui le Seigneur a donné, est tout rempli d’une grande joie et se dit : « Même s’il n’a ni couronne, ni épée, ni manteau, si ce roi me donne la joie alors il sera mon roi ! »
Un conte de Élisabeth Serpolay et Myriam Bécourt