Frères et sœurs,
Une rentrée, c’est toujours un commencement. Mais un commencement un peu particulier. Parce qu’au moment où nous reprenons une nouvelle année, nous ne savons pas exactement ce qu’elle va nous apporter.
Nous avons nos projets.
Nous avons peut-être déjà rempli nos agendas.
Nous savons certaines choses qui vont arriver.
Mais nous savons aussi qu’il y aura des imprévus.
Des bonnes surprises. Des difficultés. Des rencontres que nous n’avions pas prévues.
Des joies. Des inquiétudes.
Peut-être même des événements qui vont profondément changer notre manière de voir les choses.
Nous ne savons pas ce que cette année sera ! Et pourtant, nous sommes là aujourd’hui.
Et c’est peut-être précisément cela qui est intéressant dans une messe de rentrée.
Nous ne venons pas demander à Dieu de nous garantir une année sans problème. Nous venons lui dire : « Seigneur, quelle que soit l’année qui vient, marche avec nous. »
Les textes de ce dimanche ne nous parlent pas directement de rentrée. Ils nous parlent de pardon. De dette. De relations entre frères.
Et saint Paul nous dit cette phrase étonnante : « Aucun de nous ne vit pour soi-même. »
Voilà peut-être la clé.
Parce que nous avons facilement tendance à imaginer notre année comme mon année. Mon travail. Mes études. Mes projets. Mes vacances. Mes problèmes. Mes réussites. Mon emploi du temps. Mon service ou groupe d’Eglise…
Et l’Évangile vient nous rappeler quelque chose : ta vie n’est jamais seulement ta vie.
Nous sommes toujours reliés aux autres. Ce que je fais touche quelqu’un.
Ce que je dis peut relever quelqu’un ou le blesser. Ma présence peut encourager. Mon absence peut peser. Un pardon donné peut libérer une relation. Une parole dure peut laisser une trace pendant des années.
Nous ne vivons donc jamais seuls. Et c’est particulièrement vrai dans une communauté chrétienne.
Regardez autour de vous. Nous ne nous sommes pas choisis. C’est peut-être même ce qui est formidable !
Dans une paroisse, on rencontre des gens que nous n’aurions probablement jamais rencontrés ailleurs. Des personnes d’âges différents. De milieux différents. Avec des caractères différents. Des opinions différentes. Des histoires différentes.
Et pourtant, nous sommes là. Pourquoi ?
Parce que ce qui nous rassemble est plus grand que ce qui nous sépare. Nous sommes là parce que le Christ nous rassemble.
Et l’Évangile de ce dimanche nous rappelle que cela ne va pas toujours être facile.
Pierre pose une question très humaine : « Combien de fois dois-je pardonner ? »
Autrement dit : « Seigneur, il y a quand même une limite ! »
Et Jésus répond : « Non. » Il ne dit pas que tout est facile. Il ne dit pas qu’il faut accepter n’importe quoi. Il dit que, pour vivre ensemble, nous ne pouvons pas transformer notre vie en livre de comptes.
Parce que c’est une tentation très humaine : faire les comptes. « J’ai fait cela pour toi, tu pourrais faire cela pour moi. » « Je t’ai pardonné une fois. » « C’est toujours moi qui fais des efforts. » « Après tout ce que j’ai fait… »
Nous comptons. Nous comparons. Nous gardons en mémoire les dettes des autres.
Et Jésus nous demande : « Et si vous arrêtiez de compter ? » Pas parce que ce qui s’est passé n’a pas d’importance. Mais parce qu’il y a quelque chose de plus grand que nos comptes : la grâce de Dieu.
La parabole nous le montre. Un homme doit une somme qu’il ne pourra jamais rembourser. Et son maître lui remet sa dette. Il lui donne une possibilité qu’il n’avait plus. Il peut recommencer.
C’est peut-être la plus belle parole pour une rentrée. Dieu est le Dieu des recommencements.
Nous arrivons avec notre année passée. Avec nos réussites et nos échecs. Avec ce que nous avons fait de bien. Avec ce que nous aurions aimé faire autrement. Avec des paroles que nous regrettons. Des occasions manquées. Des relations abîmées. Des moments où nous avons été fidèles. Et d’autres où nous avons été loin de Dieu.
Mais Dieu ne nous dit pas : « Tu as raté ton année. » Il nous dit : « On recommence. » C’est cela, la grâce.
La grâce n’efface pas magiquement le passé. Mais elle empêche le passé de devenir notre avenir.
Et peut-être que certains parmi nous ont besoin d’entendre cette parole aujourd’hui.
Peut-être quelqu’un arrive à cette rentrée avec beaucoup de fatigue. Quelqu’un avec une déception. Quelqu’un qui ne sait pas très bien où il en est. Quelqu’un qui se demande même s’il a encore sa place dans l’Église.
Alors cette messe est pour lui.
Et Dieu lui dit : « Tu as ta place. Tu peux recommencer. »
À ceux qui sont heureux aujourd’hui, Dieu dit : « Rends grâce. »
À ceux qui sont inquiets : « N’aie pas peur. »
À ceux qui sont fatigués : « Je suis avec toi. »
À ceux qui ont été blessés : « Ne reste pas enfermé dans ta blessure. »
À ceux qui ont blessé quelqu’un : « Ose demander pardon. »
Et à tous : « Avancez. »
Parce que la foi chrétienne n’est pas la certitude de connaître l’avenir. La foi, c’est la confiance en Celui qui nous accompagne dans l’avenir.
Nous ne savons pas ce que cette année nous réserve. Mais nous savons quelque chose : nous ne sommes pas seuls.
Le Christ sera là dans nos joies. Il sera là dans nos rencontres. Il sera là dans nos difficultés. Il sera là quand nous comprendrons. Et il sera là aussi quand nous ne comprendrons plus.
Alors peut-être que nous n’avons pas besoin, aujourd’hui, de demander au Seigneur : « Seigneur, fais que cette année soit parfaite. »
Demandons plutôt : « Seigneur, apprends-nous à vivre cette année avec toi. »
Apprends-nous à accueillir ce qui vient. À nous réjouir de ce qui sera beau. À traverser ensemble ce qui sera difficile. À pardonner quand il le faudra. À demander pardon quand nous aurons blessé. À prendre soin les uns des autres.
Et surtout, Seigneur, rappelle-nous cette parole de saint Paul : « Aucun de nous ne vit pour soi-même. »
Que cette nouvelle année ne soit donc pas seulement une année où nous allons faire davantage de choses. Qu’elle soit une année où nous allons davantage aimer.
Alors, lorsque nous arriverons à la fin de cette année, nous ne dirons peut-être pas : « Tout s’est passé comme prévu. » Mais nous pourrons dire : « Seigneur, tu étais avec nous. Et nous avons marché ensemble. »
Amen.